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Le Juste-à-temps : une technique indispensable aux imprimeries spécialisées en POD

juillet 25, 2015

« N’interprétez pas le Juste-à-temps comme cela vous arrange ! », ce conseil est souvent recommandé dans la pratique du lean. On peut tout à fait appliquer ce conseil à l’impression à la demande.

Le flux tiré lissé que décrit Art Smalley  auteur du guide[1] « Créer un Flux Tiré Lissé », est la technique de base essentielle pour produire en Juste-à-temps, ou  pour imprimer à la demande dans le jargon des imprimeurs et ce de façon durable.

Pourquoi le flux tiré lissé est-il si pertinent pour les imprimeries spécialisées dans l’impression à la demande ?

Pour le comprendre, Art Smalley revient sur la relation entre Juste-à-temps  et amélioration de l’efficacité  de la production ainsi que les pièges classiques qui attendent les managers lors de sa mise en place et que le flux tiré lissé permet précisément d’éviter.

Imprimer à la demande ou produire en Juste-à-temps signifie imprimer ou produire ce dont le client a besoin, au moment où il en a besoin et dans la quantité exacte dont il a besoin. C’est une discipline cruciale car elle a un impact direct sur la performance de l’imprimerie dans ses trois dimensions : commerciale, financière et productive.

Plus la production s’écarte du besoin immédiat exprimé  par les demandes des clients, plus il devient nécessaire de le faire reposer sur des prévisions… qui ne serait jamais aussi juste qu’il serait souhaitable précise l’auteur.

La discipline d’imprimer à la demande et du Juste-à-temps a des conséquences directes sur le cash des imprimeries. La situation de trésorerie reflète en effet l’écart temporel entre la mobilisation des moyens à mettre en œuvre pour imprimer la commande comme l’achat du papier, des encres, des plaques etc. et le moment où le client paye. Plus le « lead-time » (c’est-à-dire le temps de mise en œuvre des moyens de production pour livrer le produit imprimé) est long, plus les besoins de trésorerie sont importants, ce qui est particulièrement vrai dans les imprimeries même si ces dernières années les technologies ont permis de réduire ce « lead-time » de façon drastique grâce aux innovations autour de l’impression numérique mais aussi autour du procédé offset. Inversement, se rapprocher d’une situation de Juste-à-temps en réduisant le lead-time libère du cash.

Enfin, l’expérience montre que le Juste-à-temps/l’impression à la demande est également la source d’une réduction considérable de coûts. La discipline imposée par le Just-à-temps révèle – un par un – les gaspillages pendant la journée de production elle-même et autorise un traitement à chaud des causes de surproduction (produire en avance de la demande client), de retard (retouches, erreurs d’approvisionnement, pannes machines) et de mobilisation de moyens supplémentaires induits par l’étendue des stocks (entrepôts, chariots, personnels).

Pratiquer le Juste-à-temps permet donc à l’imprimerie d’augmenter ses ventes, de minimiser ses besoins de trésorerie et de réduire ses coûts. C’est pourquoi il est de plus en plus recommandé aux imprimeurs de s’intéresser au « lean » qui repose sur ces concepts de juste-à-temps et de jidoka (« automatisation à visage humain »), notamment si ce dernier est pris pour ce qu’il doit être : le révélateur de l’ensemble des problèmes que l’imprimeur peut rencontrer et le moyen de pérenniser ses avancées. Je vous conseille à ce titre la présentation des professeurs Malcom Keif et Kevin Cooper sur le « Lean Printing »

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Vous allez me dire, que d’une certaine façon, toute imprimerie travaille en juste-à-temps. En effet, chaque imprimerie essaye d’avoir la meilleure équation entre les attentes des clients et les contraintes inhérentes aux procédés de fabrication justifiant d’un Juste-à-temps possible. Avec le « lean », la nouveauté est d’inverser les termes de cette équation en prenant comme élément de départ le Juste-à-temps des clients et non plus celui propre aux contraintes de l’imprimerie mettant ainsi un avant un Juste-à-temps souhaitable pour répondre aux nouvelles exigences du marché.

Comment alors passer du Juste-à-temps possible au Juste-à-temps souhaitable – au point de faire de la vitesse d’exécution un avantage comparatif ?[2]

En pratique, il faut viser en continu nous disent Michael Ballé et Godefroy Beauvallet, auteurs de nombreux ouvrages sur le lean management, l’amélioration du niveau de juste-à-temps en réduisant chaque année le lead-time de réponse au client et le lead-time interne de fabrication. Pour expliquer l’approche lean de Toyota, Taiichi Ohno, l’un des inventeurs du Juste-à-temps, la résumait ainsi : « tout ce que nous faisons, c’est regarder le temps d’écoulement entre le moment où le client nous passe une commande et le moment où nous récupérons le cash. Nous réduisons ce temps en éliminant les gaspillages à non-valeur ajoutée. »[3] En pratique le lead-time de production de chaque produit imprimé que cela soit un livre, un magazine, une brochure, est constitué d’un temps de fabrication et d’un temps de stagnation, c’est-à-dire le temps pendant lequel la feuille imprimée attend avant d’être vernis, pliée, pelliculée, brochée et ainsi de suite. Plutôt que de vouloir toujours investir dans la dernière machine, la dernière technologie dans le but de réduire le temps de fabrication en augmentant les cadences, le lean va s’attacher à réduire les périodes de stagnation. Or la stagnation a souvent pour causes principales dans l’imprimerie la complexité des flux, les cadences différentes entre les presses et les machines de finition, la mauvaise appréciation des chiffres de tirage ou encore les déficiences de la logistique interne et externe. Améliorer le niveau de Juste-à-temps dans l’imprimerie conduit typiquement à engager quatre projets d’amélioration :

  • Réduire les temps de calage par du SMED[4] permettant ainsi d’imprimer des petites séries voir des produits à l’unité ;
  • Simplifier et stabiliser les flux de valeurs grâce à des cellules multi-process flexibles qui fabriquent un panier de références stables par petites quantités produites fréquemment (cellules regroupant la fabrication d’albums photos, de livres imprimés à l’unité, etc.) ;
  • Stabiliser la production par le lissage des demandes clients et le fractionnement-mixage des ordres de production ;
  • Accélérer les flux logistiques en livrant « de tout, tout le temps » par des petits trains en interne et des tournées du laitier chez les fournisseurs.

Faute de méthode, les imprimeurs choisissent souvent au hasard un chantier plutôt qu’un autre, volent d’amélioration locale en amélioration locale, voient les gains obtenus d’un côté disparaître dès que leur attention se porte sur un autre. Or le fil conducteur qui permet de travailler dans la durée et de surmonter les multiples difficultés n’est autre que le flux tiré lissé. Sans flux tiré lissé, les améliorations obtenues ci-et-là dans les processus ne se traduisent pas en amélioration du niveau de Juste-à-temps de l’entreprise, et donc ne font apparaître aucun gain réel de performance ou financier. Sans le fil rouge du flux tiré lissé, les résultats des chantiers locaux d’amélioration ne sont pas pérennes et n’apparaissent pas dans les comptes.

Lisser et tirer les flux de production consiste, tout d’abord, à distinguer les produits à forte cadence des produits demandés plus rarement. Pour les produits récurrents, il faut commencer par calculer un Takt Time, c’est-à-dire à quel rythme une unité doit être produite pour satisfaire la demande du client. Ceci consiste à diviser le temps de travail normal par la moyenne de la demande client sur une période donnée. Ce Takt Time permet de savoir quelle est la capacité nécessaire pour satisfaire le marché sans pour autant faire des prévisions à long terme. Le Takt Time permet de se fixer un plan de production stable à la semaine qui explicite la demande journalière en produits de manière à demander la même quantité de chaque référence chaque jour. Une fois le lissage des flux d’information effectué, il s’agit de tirer les flux physiques. En pratique, il s’agit pour les imprimeurs  de s’assurer que chaque moyen de production est physiquement en possession du stock qu’il crée. Les produits notamment le papier auprès de la presse, le papier imprimé près du périphérique de finition etc.

Art a formulé huit questions fondamentales auxquelles tout imprimeur soucieux de répondre au Juste-à-temps souhaité par le client, doit répondre :

  1. Comment satisfaire ses clients tout en réalisant des bénéfices ?
  2. Quels sont mes principaux problèmes de production ?
  3. Comment assurer la qualité des produits imprimés et la qualité des processus de fabrication ?
  4. Comment imprimer 100% en Juste-à-temps ?
  5. Comment stabiliser la disponibilité des processus de fabrication à 100% ?
  6. Comment standardiser le travail à 100% ?
  7. Comment développer des Team Leaders sur le terrain ?
  8. Comment pérenniser et améliorer mon imprimerie ?

Pour répondre à ces questions, je vous encourage vraiment à vous attarder sur les recommandations présentées et détaillées dans le guide d’Art Smalley.

BIOGRAPHIE

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[1] Guide d’amélioration Lean des systèmes de production destiné aux gestionnaires de production, aux opérationnels et à l’industrialisation.

[2] Steven Spear, The High-Velocity Edge, McGraw-Hill, New York, 2009

[3] Taiichi Ohno, Toyota Production System, Productivity Press, Portland, 1988

[4] SMED : Single Minute Exchange of Die, signifie en langue française : Système de modification rapide des réglages des machines.

2 commentaires
  1. Merci pour cet article pertinent, qui a le mérite d’être très explicatif sur la technique de base essentielle pour produire en Juste-A-Temps et le rapport à l’impression à la demande. Cela nous a permit de réagir sur un sujet qui nous tient à coeur, celui du rapport étroit existant entre la dématérialisation et la rématérialisation de documents. Nous avons fait du Print On Demand (POD), notre cheval de bataille et nous encourageons vivement le plus grand nombre imprimeries à le mettre en pratique.
    http://www.beebuzziness.com/Home/BEE-life/BEE-blog

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  2. lestatdreams permalink

    A reblogué ceci sur Fuel Digitalet a ajouté:
    Un très bon article d’Yves d’Aviau de Ternay sur les évolutions du Print on Demand et les attentes des clients qui ont considérablement évolué avec les possibilités qu’offre le numérique.

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